L’art comme vecteur de changement social: Entretien Stanley Février

 

“cette chair” by Stanley Février 2017-2019 (plaster, wax, oil paint), at the Galérie de l’UQAM group exhibit in 2019, Over My Black Body, curated by Eunice Bélidor and Anaïs Castro[1]  (Photo: Jody Freeman)

Stanley Février’s art gets under your skin. It calls you and keeps calling. It engages more of you than you know. Heart and mind and spirit remember. Flesh remembers. You feel the expanse, the height, the depth. The shock of hitting walls. You reverberate.

“Stanley Février’s work is a reflection on the human condition in the 21st century and the value of life in the context of globalization. Through installations, performances, collaborative art projects, assemblages and digitization, the artist questions and analyzes human tragedies, particularly mass shootings, terrorist attacks, migratory flows and the impact of consumer society on the environment. He explores the multiplication of current tragedies, highlighting their inconsistencies. In the self-portrait cette chair [this flesh], presented in the centre of the gallery, Février represents himself on his knees with his arms in the air. Nearly naked, he is aghast and vulnerable, presenting his body as a secular martyr.”[2]

Montréal Serai editor Jody Freeman met with Stanley Février at his Studio Éphémères on Montréal’s South Shore, to discuss his work and its relationship with our theme for this issue, “Performance as Change.” His studio is in the building that houses the Longueuil metro and bus terminal and leads to the Longueuil campus of the Université de Québec à Sherbrooke. Like hundreds of other people, Jody walks by his studio every day on her way to work, and drops in from time to time. Strangers become kindred spirits in Février’s studio, and it is not unusual to see a homeless person resting on the bench in front. Everyone is welcome, and the passers-by who see themselves in his art, who feel safe to come in and talk to him, are part of a stream of humanity that inspires his work.


Questionner la valeur de la vie

Stanley Février : Ma pratique artistique questionne les injustices sociales et la valeur de la vie dans le contexte de globalisation, essayant de comprendre à quel point notre société est consciente de ce que vaut la vie. Je ne parle pas seulement de la vie humaine. C’est à tous les niveaux. Il n’y a pas de distinction entre l’humain et l’environnement parce qu’on forme un tout – c’est une nature. Mais l’aspect social est important parce que c’est ensemble en tant que société que nous devons être conscients du pouvoir du je; et ainsi agir pour changer les choses. Donc, moi, toi, chacun de nous, chaque humain, comment je possède un pouvoir décisionnel, comment je peux agir et m’assumer et accepter l’autre pour changer certaines choses ?

De plus, je m’intéresse aux drames et à l’aspect incohérent et contradictoire de nos sociétés. Entre la volonté de l’être humain de faire ce qui est juste, d’établir la justice, de voter des lois comme la Charte des droits et libertés, et la réalité [où] on sait qu’il n’y a pas de justice sociale, on sait qu’il y a encore 1 % de la planète qui possède tout. Mais comment on est arrivé là et pourquoi ça perdure ?
Face à ces différentes incohérences – de violence – d’injustice – de criminalité et d’inégalité, je creuse ces enjeux à travers ma pratique artistique pour mieux comprendre le « monde » et exposer ses réalités qu’il ne veut pas voir. En même temps il y a la question [de savoir] comment ça se fait qu’en tant que société on soit aussi passif ? Toutes ces choses [mènent à] un désengagement social, à un désengagement des individus. Comment activer ces consciences sociales, individuelles et collectives ?

 

L’invisible se multiplie

Mes récentes préoccupations artistiques et conceptuelles se basent sur la critique institutionnelle, sur les enjeux identitaires et la violence et les inégalités engendrées par cette dernière. Exemple, le projet « L’invisible se multiplie » traite de l’inefficacité, de la sous-représentation des artistes dite « Diversité » et du racisme systémique au sein des institutions culturelles. Comment, combien les communautés ethnoculturelles ou bien les « minorités visibles » sont-elles présentées et représentées dans les institutions : en art, en politique etc.? Quel pouvoir décisionnel et d’influence possèdent-elles? Je me suis attardé à ces questions dans le cadre d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), faisant l’analyse de la collection du Musée d’art contemporain de Montréal à partir du critère de la diversité ethnoculturelle transposée dans une installation, dans laquelle je questionne et démontre l’existence d’inégalités en faveur des identités nationales et internationales au sein des institutions. Le résultat de la recherche a été présenté lors d’une exposition intitulée « An Invisible Minority » en 2018 à Artexte.

L’analyse de la collection du Musée d’art contemporain de Montréal révèle que le Musée compte une seule œuvre d’un artiste québécois noir acquis par achat, Russell T. Gordon, dans la collection permanente composée de 1 676 artistes et près de 8 000 œuvres acquises au cours des 50 dernières années. D’un point de vue institutionnel, force est de constater la sous-représentation des dites « minorités visibles » et des Autochtones.

Face à cette inégalité, et pour ouvrir une porte vers une discussion, j’ai réalisé une performance avec des artistes noir.e.s au Musée (« Black Faces In The White Cube », 2017) où on a travaillé au Musée comme gardiens de sécurité, parce que les seuls noirs du Musée étaient des gardiens de sécurité. De plus, la création de l’œuvre participative (« l’Invisible se Multiplie », 2016-2019) dévoile mon positionnement sociopolitique, à la fois critique et porteur de changement. Cette œuvre a été réalisée grâce à l’obtention de la bourse de création du Conseil des Arts de Longueuil et au soutien de Nuria de Grammont et des artistes participant.e.s. Le projet vise à recréer le site web du MAC en déployant une mise en scène mettant en exergue ce biais institutionnel favorisant en son sein « l’élite » blanche masculine occidentale. Il s’agit ici d’établir une certaine démocratie représentative des artistes composants la scène artistique d’Amérique du Nord en transformant cette collection d’œuvres en ligne à caractère exclusif (et donc excluant), par celle des artistes invisibilisé.e.s puisque racisé.e.s par une narrative artistique univoque dominante.

 

L’art triomphe : it’s happening NOW

L’action performative/infiltrante organisée le 18 septembre, « It’s happening NOW », rappelle que le changement doit se faire maintenant. On a beaucoup parlé de diversité depuis plusieurs années mais personnellement je pense que c’est le temps de la guérilla, car ce discours, nous le connaissons déjà. Je parle d’une guérilla pacifique, où nous réclamons un partage de pouvoir dans les sphères institutionnelles: le pouvoir qu’on n’accorde pas aux minorités parce qu’elles sont minoritaires. On va les garder dans une position subalterne, afin de toujours les tendre la main pour montrer la bonne volonté de vouloir les intégrer.

 

« It’s happening NOW » : guerilla theatre at the Musée d’art contemporain de Montréal, challenging museums to recognize « invisible » Québécois artists long ignored by the art establishment. Stanley Février and other artists (Nuria de Grammont, Marilou Craft, Claudia Bernal, Jannick Deslauriers, My-Vam Dam, Julie-Isabelle Laurin) who took part in the action dragged 50 years of the MAC’s annual reports shackled to their ankles, before shredding them and launching a collective call for a new chapter in Québec history. (September 18, 2019, Musée d’art contemporain de Montréal – Photo: Jody Freeman)

 

L’idée est de rassembler des gens autour de ces thèmes-là pour célébrer l’art, célébrer la justice, et faire en sorte qu’ensemble, l’art puisse triompher… que la société surmonte ces inégalités et qu’on devienne conscient, pour que les institutions puissent vraiment bouger. C’était un rassemblement avec des gens de toutes sortes, de tous milieux, au Quartier des spectacles. Cette performance infiltrante servait à faire entendre le positionnement des artistes à Montréal, au Québec, au Canada, qui renoncent globalement à cette domination toujours par l’homme blanc, toujours eurocentrique, avec sa notion de l’art, de qui peut être dans un musée, de qui peut être dans une galerie… Il s’agit de rebalancer tout ça, ou de déconstruire même, si on veut, tranquillement.; à travers un dialogue entre les parties. Car le plus important de mon travail, ce n’est pas de réaliser un objet ou une toile ou une peinture ou une sculpture, c’est comment utiliser l’art comme un outil de changement social.

 

Un travail de mémoire collective, individuelle

C’est une espèce de mémoire que je crée qui est collective, individuelle, en réinterprétant des faits sociaux… puis à partir de là, j’expose aux gens leur réalité, notre réalité. Voilà pourquoi on pense que mon travail est trop politique, trop engagé, trop social. Mais exposer le réel, où nous sommes rendus en tant que société, c’est dur d’accepter ça. C’est dur de reconnaître qu’à Montréal Nord, par exemple, 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 11,9% des gens sont en chômage… et quand tu regardes qui sont ces gens, ce sont des immigrants. Mais si tu vas vers Westmount, vers le centre-ville, vers le Plateau [Mont-Royal], ce n’est pas la même population, il n’y a pas de policiers qui passent à toutes les 30 secondes…

Serai : les seuls endroits où on a une surreprésentation de minorités visibles, c’est dans les prisons…

Stanley Février : Exactement. C’est dans des conditions de pauvreté, de chômage, de manque d’éducation, d’incarcération et d’assistance sociale qu’on retrouve une surreprésentation des minorités. C’est un beau projet d’étude et œuvre d’art à réaliser – de voir où les minorités sont surreprésentées.

Serai : Je réfléchissais à ton exposition à la Maison de la Culture de Longueuil sur la brutalité policière, qui touche non seulement les minorités racialisées mais aussi des personnes ayant des problèmes de santé mentale. Il y avait une installation dans de cette exposition qui m’a rappelé des prisonniers à Abu Ghraïb en Iraq. Mais les « prisonniers » dans ton installation portent des cagoules avec l’insigne de forces policières au Canada ou au Québec qui les ont tués. Ici dans ton studio tu as une image semblable de toi comme prisonnier… Quand je t’ai questionné sur cette image, tu m’as répondu que les policiers sont des terroristes. J’aimerais que tu élabores sur ce sujet.

 

From the exhibit America… en toute impunité by Stanley Février, at the Maison de la Culture de Longueuil, 2019 (Photo: Jody Freeman)

 

Stanley Février : Basée sur l’article Deadly Force de CBC News, mon exposition America… en toute impunité (vidéos, son, sculptures, archives et photographies) met en scène la problématique de la brutalité policière. De 2000-2017, plus de 461 personnes ont été tuées par la police au Canada, et 70% de ces personnes souffraient de maladie mentale. Cette œuvre sensible et participative a pour objet d’amener les spectateurs à s’interroger sur les problèmes mises en exergues au sein de mes installations motivées par le souhait d’amorcer un dialogue portant sur la violence, quelles que soient ses expressions.

Un policier, dans la normalité, devrait protéger des citoyens. Mais lorsqu’on appelle la police dans un cas 911 ou peu importe, son objectif quand un policier arrive sur les lieux est de maîtriser et de contrôler la situation. Il ne met pas le focus sur des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie. Ce contrôle de la situation ou bien d’une personne en exerçant son pouvoir peut se faire en employant tous les moyens, même son arme à feu… Il te terrorise, parce que son premier réflexe est d’avoir la main sur son gun.

 

“unexpected answer” by Stanley Février, at the Galérie de l’UQAM group exhibit in 2019, Over My Black Body. (Photo: Jody Freeman)

 

On a métamorphosé la forme d’esclavage (Orange is the new black)

Stanley Février : On a aboli l’esclavage mais le regard sur les noirs n’a jamais changé. On a métamorphosé la forme d’esclavage, la forme de domination, la façon de les brutaliser et de les maltraiter et on a maintenu l’esclavage différemment. Aux États-Unis ils appellent ça des prisons “fermes” dont le plus populaire s’appelle “Angola” (Angola Prison Farm, Louisiana).

Exposé à l’Arsenal dans le cadre de Art Souterrain, Strange Fruit explore les liens étroits qui existent entre le travail et l’esclavage, faisant écho de l’importance du rôle du travail des esclaves dans l’élaboration de l’économie américaine et des richesses contemporaines. Le public était invité à cueillir du coton et le transformer en or, le pliant dans des feuilles d’or, debout dans une cabane d’esclave, devenant ainsi acteur de la construction de sa propre histoire. Cette reconstitution tente de rappeler au public le rôle souvent négligé et oublié qu’a joué l’esclavagisme et le dur labeur des hommes et des femmes noir.e.s dans la construction du système capitaliste actuel : le travail des noirs américains dans les champs de coton était un pilier fondamental de la production des richesses dont jouit l’Amérique.

 

Le regard de l’autre sur moi

Stanley Février et son œuvre sans titre (Photo: Jody Freeman)

 

Serai : Tes œuvres qui sont sur les murs ici dans ton studio vont aller où ?

Stanley Février : Ces œuvres ne vont nulle part pour l’instant, parce c’est une série que j’ai commencée sur le regard de l’autre sur moi comme qu’artiste « noir », combien que c’est un regard déformé, rempli de jugement… je mets ça entre guillemets parce que je n’aime pas ces termes. Comme je te disais, je ne me suis jamais vu « noir ». Pour moi « être noir », c’est qu’on m’a nommé ainsi. Quand on me traite de « noir », c’est parce qu’on oublie mon humanité, c’est parce qu’on oublie que je suis un être humain et qu’on me remplace par autre chose. Parce que la notion de « noir » créée par l’homme blanc n’est pas ce que nous sommes en tant qu’individus. Tu vois, quand on parle du « noir », on parle du « sauvage », on parle de celui qui n’est pas éduqué, on parle de celui qui n’a pas d’âme, on parle d’une personne qui est juste un objet à faire ce qu’on veut avec.

Je ne suis pas ça… donc finalement je ne peux pas [me voir ainsi]. Mais le regard que l’autre exerce sur moi à cause de la couleur de ma peau, pour moi c’est ça qui est différent comme propos dans mon discours. Je ne suis pas « black », je ne suis pas « noir »… Mais par contre je suis quelqu’un avec une couleur de peau différente comme plein d’autres personnes. Donc, ce projet a commencé comme ça… je me suis déformé, je me déforme, je déforme cette apparence que l’autre a de moi, mais pas moi-même… c’est son regard à lui. Donc, j’utilise mon corps parce que c’est mon corps qu’il utilise…

 

Je déforme cette apparence que l’autre a de moi

Stanley Février et son œuvre sans titre (Photo: Jody Freeman)

 

Serai : C’est comme si tu rencontres un mur et ça écrase… c’est très viscéral.

Stanley Février : C’est exactement ça le projet et j’ai commencé à travailler sur les terminologies utilisées par le gouvernement pour définir les gens dits « de la diversité ». L’idée est de créer toute une série avec d’autres gens, comme ça.

Quand un gouvernement définit un groupe d’individus comme ça, [comme] minorités visibles, qui n’est pas de race blanche, qui n’a pas la peau blanche, c’est complètement aberrant – un gouvernement qui prône l’inclusion, qui dit « vivre ensemble », qui parle de réconciliation, mais qui continue à utiliser des termes coloniaux. C’est hallucinant. Et toi, quand tu dis ça, on te parle de « discrimination positive »… La discrimination ne peut pas être positive.

Serai : En anglais on dit « affirmative action » plutôt que « positive discrimination ». Mais l’opposition à de telles mesures est fondée sur la même notion.

Stanley Février : Les termes sont utilisés pour créer une distance entre « nous » et « eux ». Le gouvernement lui-même divise, nomme et pointe du doigt les « autres ». Je ne me prends pas pour un autre mais je sais que l’art a le pouvoir de changer et de transformer les choses. En tant qu’artiste, c’est mon métier. Certains vont utiliser la politique, ils vont utiliser d’autres choses, mais moi je n’ai que l’art…

Donc c’est pour ça que ce projet-là va prendre un peu plus de temps, parce qu’en travaillant je vois sa pertinence, je vois aussi toutes les possibilités d’aller rejoindre d’autres personnes – pas seulement moi – qui se sentent déformées aussi. Une femme est venue regarder mes œuvres en studio et m’a dit comment elle se sent à l’intérieur. Elle se voyait aussi dans ces œuvres, le regard qu’on a sur elle en tant que femme, en plus, alcoolique et monoparentale… et elle s’est mise à pleurer.

Une autre femme est aussi rentrée dans le studio, blanche d’apparence; elle me dit: Monsieur, je comprends tout-à-fait vos dessins car j’ai vécu 3 ans sous un masque. Quand les gens me regardent, ils me perçoivent comme une québécoise de souche, sans se douter que je suis brésilienne. Mais une fois que j’ouvre la bouche: oups, je ne suis pas « québécoise ». Et certains se mettent à se moquer de mon accent.

Cette femme me raconte qu’elle a développé un problème de double identité parce que dans son pays elle était blanche et ici elle est rendue « pas comme nous » : je suis une immigrante. Elle se croyait toujours blanche parce que sa peau est blanche, qu’elle est blonde… Mais les gens ici, ça l’a rendue malade – trois ans de thérapie. Parce qu’elle ne savait plus qui elle était et surtout à son travail, elle ne parlait plus avec personne parce qu’on riait tellement de son accent. Et là elle me dit, Monsieur, vous ne savez même pas ce qu’on fait aux femmes voilées – c’est pire.

 

Installation by Stanley Février, at the Galérie de l’UQAM group exhibit in 2019, Over My Black Body (Photo: Jody Freeman)

 

Démarche: Artiste plasticien, Stanley Février envisage l’art comme un vecteur de changement social et pose un regard aiguisé sur les dynamiques sociales prenant forme dans les sociétés occidentales. Il en questionne la valeur de la vie dans un contexte de globalisation, au travers des tragédies contemporaines. De fait, motivé par le désir d’activer la conscience collective, il s’approprie et modifie des images, vidéos et photographies de ces drames, saisies sur Internet. Par ses installations, performances et projets d’art participatif, Février crée un espace de rencontre où les participant.e.s sont au centre de l’œuvre. Il les amène à se repolitiser et à affirmer leur vécu pour finaliser l’œuvre. Diplômé en arts visuels et médiatiques, ses récentes préoccupations artistiques et conceptuelles se basent sur la critique institutionnelle, sur les enjeux identitaires et la violence et les inégalités engendrées par cette dernière.

Stanley Février’s sculpture piece « cette chair » is currently part of a group exhibit in Québec City entitled D’où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous … (2019) at the Musée national des beaux-arts du Québec. He has also exhibited in Montréal, Ottawa, New York and Hong Kong, as well as in Cuba, France, Germany, Spain, China, Bulgaria, Serbia and Mexico. Visit his web site.  See also: https://www.colorofstate.com/

 

Stanley Février’s studio, Longueuil, Québec (Photo : Jody Freeman)

 

[1] Over My Black Body – https://galerie.uqam.ca/en/expositions/over-my-black-body/

[2] Presentation accompanying Stanley Février’s works “unexpected answer” and “cette chair” at the abovementioned exhibit.