Le petit monstre

 

Soledad ( 4' x 6') by Ludmila Armata, Oil, from series entitled "misfits" exposed in June 2011 at the Gallery d'Este, Montreal.

 

 

Il était une fois un petit monstre très laid et très méchant, qui portait en lui des pensées si tristes et si funestes qu’il n’avait aucune envie de grandir pour devenir un grand monstre avec des pensées encore plus tristes et plus funestes que celles qui le tourmentaient déjà.

Très vite, il avait envisagé le suicide, mais ne trouvait ni le courage, ni n’avait développé l’ingénuité de mettre fin à ses jours. Le seul espoir de murir suffisamment pour former des idées sûres et achevées, lui permettant de concevoir un moyen efficace de s’enlever la vie, l’emplissait de joie et l’engageait à persévérer dans l’attente de cette maturité.

Les jours passaient bercés par cet objectif, au point qu’il en oubliait l’aboutissement fatal. Chaque soir devant le miroir, le spectacle de sa laideur et le reflet de ses intentions involontairement perfides déclenchaient d’insupportables maux de ventre. Mais les nœuds dans ses entrailles semblaient se défaire aussitôt que le traversait la pensée que bientôt, il cumulerait la force et le moyen de supprimer l’horreur dont il était le supplicié. Cet espoir de réconfort, était son seul refuge de grandeur et de beauté.

Ainsi, l’avenir était devenu son échappatoire et le baume unique contre son état détestable. La vie se déroulait devant lui comme un tapis, où chaque jour lui offrait un nouvel espace où poser le prochain pas, qui le rapprochait d’un lendemain enivrant et d’une perspective avenante.

 

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