Jazz © Johanne Ricard

 

De la musique à la sculpture

Mon père était directeur musical et enseignait la musique. J’ai baigné toute mon enfance dans une ambiance dynamique; concerts et cours de musique animaient notre vie familiale. Très jeune, j’ai réalisé que malgré mon intérêt pour la musique, je ne voulais pas être instrumentiste. Je désirais m’exprimer autrement qu’en jouant de la flûte traversière. Même si à l’adolescence les arts visuels m’attiraient beaucoup, je n’ai pas pu continuer dans ce domaine. Je me suis toutefois rapprochée de mon objectif en complétant à temps partiel un baccalauréat en arts visuels orienté vers la sculpture (surtout de métal, avec Michel Goulet), à l’UQAM.

En 2004, dans le cadre de ma formation au baccalauréat, je devais compléter un stage pratique. J’ai choisi de le faire en Italie où j’ai découvert la sculpture sur pierre, à Carrare. Cette expérience fut pour moi une véritable révélation! La dureté et la lourdeur du marbre m’ont d’abord surprise, puis complètement séduite. Sculpter à la main pour le plaisir de découvrir les qualités de la matière, entrer dans son essence et ainsi créer un lien dans lequel il n’y a plus la notion de temps. J’étais le marbre, j’étais la sculpteure, j’étais dans l’instant présent. Dès lors, je n’ai eu qu’un désir : continuer de faire de la sculpture sur pierre.

En repensant à mon enfance, je me vois jouer librement dans les champs, m’asseoir sur les rochers, construire des structures avec le bois et les roches. Mes jeux d’enfant étaient déjà porteurs de sens; j’ai retrouvé cette même sensation de bien-être lors de mon stage à Carrare. Créer au grand air me procure une grande joie et un sentiment de liberté.

Développer de nouveaux projets et être en contact avec ma force créatrice, quel bonheur! Tailler le marbre ou la pierre me donne de l’énergie, il y a un lien physique et intuitif dans l’action de sculpter. Partir de la matière pour créer une forme qui n’existe pas au départ génère une sensation forte qui vient de l’intérieur, comme une connexion avec mon inconscient.

Liées à mon histoire familiale, plusieurs de mes œuvres portent l’empreinte de la musique, comme Jazz créée en 2017 pour une exposition au Carrousel du Louvre à Paris. Dans cette sculpture en pierre blanche de Noto se trouvent la trompette et l’embouchure de trombone de mon père, une guitare, une volute de violoncelle et une cymbale. Cette sculpture est un hommage à mes racines ainsi qu’au jazz, une musique que j’aime particulièrement.

 

Adagio © Johanne Ricard

 

Je m’inspire souvent de la musique, pour trouver les titres de mes œuvres, comme Crescendo, Interlude et Adagio, car dans la sculpture comme dans la musique on retrouve la forme, le mouvement, le tempo, etc. Le titre représente analogiquement la dynamique de l’œuvre ou ce qui s’en dégage. En guise d’exemple, ma sculpture Adagio qui signifie un mouvement lent et andante.

Cet oiseau-pingouin à l’apparence insolite a été élaboré intuitivement sans croquis préalable. Après avoir commencé à sculpter presque toute la partie avant dans le bloc de marbre de Carrare, j’ai décidé de le couper en deux. Je ressentais la nécessité de le faire, sans pouvoir l’expliquer logiquement. J’ai ainsi créé un passage et cette créature au destin fragmenté est apparue. Puis, l’image d’un glacier scindé en deux parties a surgi lorsque j’ai déposé ma petite sculpture de porcelaine à l’intérieur de l’espace central. Cette image évoque pour moi la fonte des glaciers dans l’Arctique qui s’intensifie dans un mouvement inexorable; au début, il est à peine perceptif, mais le tempo s’accélère de sorte que plusieurs êtres vivants, dont les pingouins et les ours polaires, sont désormais des espèces menacées.

 

Tu m’entends © Johanne Ricard

 

Je suis sensible à ce qui se passe actuellement dans le monde, notamment à la situation de la femme, aux conflits mondiaux et aux problèmes écologiques. Nous vivons des moments difficiles. Dans ma production artistique, cela m’habite inconsciemment, comme dans la sculpture Adagio, où cela s’est révélé dans les dernières phases de réalisation. La sculpture me permet de symboliser à ma façon certains sujets qui me préoccupent ou qui me tiennent à cœur.

 

Interlude © Johanne Ricard

 

Démarche artistique

Mes thématiques préférées sont reliées aux traces et empreintes laissées par le temps, dans la nature, l’histoire, l’architecture, etc. Je capte et mémorise les images ou les mots qui m’inspirent, puis je les décompose en lignes et en volumes. La matière prend forme librement; de la simple intuition ou de la déconstruction du réel, elle génère une sculpture contemporaine. Lorsque je porte en moi une idée difficile à exécuter, je ne peux y échapper! J’aime créer des univers intrigants et souvent métaphoriques en jouant avec les matériaux, les formes et l’espace… des œuvres complexes et formelles par leur composition (lignes plus géométriques ou fractales).

 

Crescendo © Johanne Ricard

 

J’utilise surtout le marbre de Carrare et la pierre blanche de Noto, mais j’aime également travailler avec d’autres matériaux, comme le bois et le papier. Depuis plus de 17 ans, je sculpte principalement à la main, avec des outils de taille directe. Lorsque je sculpte la pierre ou le bois, des éléments organiques surgissent spontanément. Ce contact avec la matière m’amène à faire des découvertes, à oser des agencements souvent contradictoires ou qui n’ont pas de lien entre eux au départ.

Depuis 2013, je partage ma vie de sculpteure entre deux pays, le Canada et l’Italie, ce qui est stimulant et exigeant. Quand on me demande pourquoi l’Italie, je réponds : pour la pierre et pour le contact avec les maîtres artisans et sculpteurs italiens. J’aime transférer les techniques et les connaissances des anciens dans la réalisation d’une sculpture contemporaine.

Mes pierres et mes sculptures ont donc souvent voyagé; la plupart du temps, je les apporte dans mes bagages ou les expédie par bateau.

Une pierre c’est lourd à porter, mais léger à sculpter!

 

Mouvement de la création

Je suis le sculpteur de ma vie
un défi terrible
à faire quelque chose de grand
en dehors de ma destinée
Dans mon esprit toute cette musique,
mon matériel premier mes mains
avec ce mouvement interne
et toujours ce désir
de faire surgir hors de mon corps
mes idées et mon énergie
Comme si ma partition
mon héritage génétique
me pousse à tenter
à avoir le courage,
avec ce besoin intense
de créer et de vivre ma passion pour l’art

« Mouvement de la création » © Johanne Ricard

 

Papi © Johanne Ricard

 

Pour suivre les expositions solo et collectives de Johanne Ricard, veuillez consulter ses pages Facebook (Johanne Ricard artiste / Johanne MC Ricard) et les sites Web du Conseil de la sculpture du Québec, de l’ASPM et de la Galérie le 1040.

 

 

 

 

 

 

Detail of PROOF—Chinatown Anti-Displacement Garden, Hand embroidery on cotton voile, 2020 © Florence Yee

 

I’ve been making a series of hand-embroidered interventions on printed fabric. The images of various places and people come back to the common theme of subjects unable (or unwilling) to be claimed. This unfinished business is embodied by the obstacle of the embroidered PROOF watermarks. Inspired by traditional printmaking processes, the series attempts to hold the desire for archival presence alongside the problems of such a structure.

 

PROOF—Recipe book, Hand embroidery on cotton voile, 2021 © Florence Yee

 

Even as queer and racialized people are gravitating towards archival practices—from which we were once excluded—the form of the archive itself still retains the structure of the problem: their inherently limiting boundaries of authority, (in)accessibility, ethnographic classification, and their penchant for legible representation.

 

PROOF—Bedroom in Scarborough, Hand embroidery on cotton voile, 2021 © Florence Yee

 

How do we hold space for the unrecorded, the unrecordable, and the yet-to-be-recorded? What if our desire for documentation might be damaging? The challenges of commemoration beckon me to consider what queer theorist Jack Halberstam refers to as “new forms of memory that relate more to spectrality than to hard evidence, to lost genealogies than to inheritance, to erasure than to inscription.”

 

PROOF—Chinatown Anti-Displacement Garden, Hand embroidery on cotton voile, 2020 © Florence Yee

 

PROOF will also be featured in the upcoming Mentoring Artists for Women’s Art Newsletter (MAWA), and SITE Magazine, slated for publication in August of 2021.

 

To follow Florence Yee’s work, go to their website.