La porcelaine de Chine. 2013. Par Marie-Léontine Tsibinda.

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On ne parlera jamais assez de l’Afrique. De cette Afrique qui mange ses propres entrailles. Partout où point l’espoir, des coups de canon explosent, des chars prennent les corps humains pour du macadam. L’Afrique tue l’Afrique, entrouvre ainsi la porte à n’importe quelle catastrophe. L’artiste criera tant que durera le massacre.” dit  Marie Léontine Tsibinda  à Appolinaire Singou-Basseha  dans une interview publiée dans Amina en mai 1988.

Vingt-cinq années plus tard “La porcelaine de Chine”, pièce de théâtre écrite et présentée en 2002 à Brazzaville, au Congo et au Cameroun vient d’être publiée par Les Editions L’Interligne à Ottawa, Ontario, Canada en 2013. Marie-Léontine, fidèle à soi-même et à ses principes, nous parle encore de l’Afrique, des femmes, des hommes et des enfants, meurtris et fatigués par une guerre qui ne finit pas.

La pièce “La porcelaine de Chine” est constituée de quinze courtes scènes où évoluent en “huis clos” trois personnages : Bizzy, le mari, Bazey, la femme et Maya, la servante.

Par une structure dramatique sobre et efficace, dans un langage clair, soutenu et souvent poétique, la pièce nous place en voyeurs dans l’intimité d’un logis ou un couple de classe moyenne formée par Bizzy et Bazey ainsi que la nouvelle servante Maya subissent les conséquences de la guerre qui déchire le pays, laissant dans les personnages des séquelles indélébiles.

La suite des scènes témoigne largement de la condition des femmes africaines. À travers le personnage de Bazey l’auteure réussit à nous submerger dans le climat de violence, de chaos et de désarroi face aux pillages et à l’absence des enfants envoyés au loin pour les épargner des dangers. D’autres scènes montrent sa frustration face à la fermeture par la milice du journal “Femmes et libertés” qu’elle dirigeait, l’impuissance et la honte que lui a laissé le viol perpétré par le général Makaku Mankey, la trahison de la soeur de Bizzy et l’incompréhension et le rejet du mari.

 

Le personnage de la servante, Maya “la casseuse des assiettes en porcelaine de Chine”, s’avère un personnage clé dans le récit. Elle vient emphatiser la pénible situation des femmes dans ce contexte de guerre et de violence que l’auteure tient à souligner. Aussi elle interprète dans la pièce le rôle que le spectateur aimerait jouer aidant le couple à surmonter l’incompréhension et les malentendus qui les séparent. Maya est un personnage souffrant mais sensible et poétique, qui ouvre une porte à la réconciliation et à un peu d’espoir dans l’avenir.

Les assiettes en porcelaine de Chine, symbole des anciennes splendeurs du foyer, sont un par un réduits en miettes par Maya dont les mains tremblent au souvenir de bombardements et de coups de canon; au désespoir de sa patronne qui menace de lui faire des retenues sur son salaire. Il n’en reste que deux à la fin de la pièce, Maya servira dans ces assiettes le dernier repas  qui ouvre le chemin à de temps meilleurs.

Marie Léontine Tsibinda réussit dans “La porcelaine de Chine” à sensibiliser ses lecteurs face à l’injustice et le manque de respect des droits humaines vécus par le continent africain à travers son histoire. L’auteure est issue de la République du Congo, un pays dont l’histoire est l’une des plus violentes de l’Afrique depuis l’indépendance. Cependant, la pièce ne fait  pas référence à des lieux spécifiques et favorise une prise de conscience continentale. “L’artiste criera tant que durera le massacre”.